Communication de crise


Près de 4 mois après l’affaire Kerviel, la Société générale annonce dans un communiqué de presse que Daniel Bouton quittera le 12 mai sa direction générale. Les fonctions de président du conseil et de directeur général vont désormais être dissociées. Frédéric Oudéa deviendra directeur général et Daniel Bouton gardera sa fonction de président.

L’ex trader de la Société Générale a trouvé un nouveau job. Il est depuis avril employé comme consultant informatique dans une SSII (LCA). Christophe Reille, son porte-parole, a précisé qu’il ne s’agissait pas d’une nouveauté puisque “c’est une offre d’emploi qui a été présentée au tribunal le 8 février”.

Même si “l’affaire Kerviel” n’est toujours pas close aux yeux de la justice, il faut croire qu’une page est tournée pour le nouveau “consultant informatique” mais également pour les médias qui ont peu à peu délaissé cette affaire…

Jérôme Kerviel

Le 24 janvier 2008 : la Société Générale perd 4,9 milliards d’euros. Situation sans précédent pour la banque qui réagit très vite en faisant appel deux sociétés spécialisées dans la gestion de crise : Image 7 et Harrison & Wolf, l’agence corporate de la Société Générale. En 24 heures, la stratégie est prête et le nom du coupable sonne haut et fort !

Seulement de son côté, le jeune trader est lui aussi très bien conseiller, puisque situation totalement inédite : il a lui aussi son conseiller en communication, Christophe Reille, Associé de RLD Partners.

Et c’est ainsi que le 5 février dernier, celui qui a été décrit comme étant “Un terroriste, un escroc, un fraudeur” par le Président de la Société Générale Daniel Bouton, est apparu calme et réservé pour une rencontre avec les journalistes de l’AFP. En seulement une séance photo, Jérôme Kerviel prend l’apparence d’un jeune homme tout simplement gentil ! Ces quelques images le rendent humain et vont à l’encontre directe du discours de la Société Générale qui tend à diaboliser le trader depuis le début de cette affaire.

Jérôme Kerviel passe ainsi peu à peu du statut de « fraudeur » à celui de « bouc-émissaire », qui aura le dernier mot ? Le meilleur communicant biensûr !

Dans un entretien accordé au « Financial Times » Daniel Bouton, PDG de la Société Générale, affirme que la banque ne « ne représente pas une cible de rachat en soi ». Alors que la Société Générale lance une augmentation de capital de 5,5 milliards d’euros pour faire face aux pertes liées à l’affaire Kerviel mais aussi aux « subprime », Daniel Bouton déclare qu’un éventuel candidat à une OPA devra « payer le prix fort ».

Cependant, étant donné la fragilité de l’entreprise, l’hypothèse d’une OPA ne peut pas être écartée aussi vite. Et si elle avait finalement lieu, quel serait l’avenir de la marque Société Générale ? A l’instar du Crédit Lyonnais devenu LCL après une profonde crise, il est tout à fait plausible d’envisager la disparition de la marque et de son fameux pouce. Olivier Aubert, publicitaire en charge du budget LCL, est catégorique : « À terme, la marque va disparaître. On n’a jamais vu une marque du domaine financier réhabilitée après une crise pareille. »

Quand la communication d’une banque se retourne contre elle…